Au quartier général d’Hitler, la Tanière du Loup, sous les sourires obligatoires un profond désarroi accable beaucoup d’officiers, surtout ceux issus de la vieille aristocratie militaire prussienne. Depuis un an, certains se sont joints à un complot pour se débarrasser d’Hitler.
Hitler, après avoir échappé à plus de 40 attentats, est de nouveau convaincu qu’il est protégé par la Providence.
Le 20 juillet 1944, l’un d’entre eux, le Colonel comte Klaus von Stauffenberg, dépose une bombe sous le bureau d’Hitler dans une conférence à la Tanière du Loup. Cette table sauve Hitler en déviant le souffle de l’explosion, qui tue quatre généraux et en blesse une vingtaine.
Hitler, après avoir échappé à plus de 40 attentats, est de nouveau convaincu qu’il est protégé par la Providence. Le soir même, il accueille Mussolini qui dirige toujours son régime fasciste dans le nord de l’Italie, mais qui est à la recherche d’une solution de compromis pour arrêter la guerre. Hitler le réconforte en lui parlant de ses armes secrètes et de l’attentat. Il lui dit : « C’est un signe du destin, qui fait entrevoir une victoire prochaine de notre cause. »
Hitler n’a qu’une légère contusion au bras, mais le choc est profond, et aggrave son état mental, sa cruauté, sa paranoïa. Il se déchaîne. Il fait juger les principaux comploteurs, assassiner 7000 suspects et déporter leurs familles. Il n’hésite pas à faire exécuter des maréchaux. Rommel est poussé au suicide parce qu’il avait accepté de remplacer Hitler la tête de l’armée. Hitler lui fait d’hypocrites obsèques nationales.
Les SS prennent véritablement le pouvoir. Plus rien ne peut sauver l’Allemagne.
D’après "Apocalypse, la deuxième guerre mondiale", une production CC&C
Témoignage : Un portrait de Hitler en juillet 1944
Bernd F. von Lonringhoven est un officier de carrière, incorporé dans la cavalerie puis les troupes de blindés. Appelé à fonctionner comme aide de camp auprès de Hitler, il assiste au déclin de l'homme et au désastre du régime. Il prend son poste le 23 juillet 1944, trois jours après l'attentat qui a failli coûter la vie au Führer. Prisonnier de 1945 à 1948, il rédige alors ses souvenirs dans des cahiers qu'il reprend, soixante ans plus tard, pour la rédaction d'un livre.
« Je n'ai jamais oublié l'impression que Hitler m'a faite en entrant dans la salle. J'avais aperçu le Führer une fois, au printemps 1939, à l'occasion d'un grand défilé militaire organisé pour la visite du prince-régent de Yougoslavie. Mon régiment y participait et je m'étais trouvé à une trentaine de mètres de lui dans la tribune. Il n'y avait nul besoin d'être un national-socialiste pour être impressionné par sa vigueur, son dynamisme et sa vitalité. Cette image m'était restée, confortée par celle des films d'actualité et des journaux. Le 23 juillet 1944, celui qui se présentait devant moi ne lui ressemblait pas. Ce n'était pas le « Führer du Reich de la Grande Allemagne en lutte pour son destin », mais un homme de cinquante-cinq ans aux allures de vieillard, voûté, la tête dans les épaules, le visage très pâle, les yeux ternes et la peau grisâtre. Il marchait à petits pas, en traînant la jambe gauche, le bras droit légèrement blessé par l'attentat. Guderian a fait les présentations. Avec un sourire las, il m'a tendu une main molle en murmurant quelques mots de bienvenue. J'étais stupéfait. Le héros célébré par la propagande du régime était une ruine. Comment était-ce possible ? Au fil des mois, j'ai commencé à comprendre. Pour l'heure, j'avais l'impression de voir une figure de cire. Je me suis dit que le Reich était dirigé par une épave. »
Bernd F. von Loringhoven. Dans le bunker de Hitler. Paris, Perrin, 2006, pp. 13 – 14.